La diététique des sportifs

Les pratiques alimentaires des sportifs et les normes corporelles

Introduction

Présentation du sujet

Le sport occupe une place centrale dans la vie de nombreux français : 7 français sur 10 déclarent pratiquer une activité physique en 2024 (source : Ipsos). Cette pratique peut se voir associée à l’accomplissement de performances, à de la détente ou encore à l’envie d’améliorer sa santé et son physique. Dans de majeurs cas, le sport est couplé à une alimentation choisie et variant selon les objectifs de l’individu, faisant donc partie intégrante de la pratique sportive en elle-même, et témoignant de caractéristiques sociales particulières.

En ce qui concerne notre objet d’étude, nous avons décidé d’orienter notre enquête vers la diététique des sportifs, qui se caractérise par “une science de l’hygiène alimentaire qui est un ensemble de règles à suivre pour une alimentation équilibrée” mais également concernant les sportifs qui sont des “individus pratiquant un ou plusieurs sports”.

Il s’orientera plus précisément vers les pratiques alimentaires de ces derniers pour analyser si les performances sportives ainsi que les normes qui renvoient à “un état habituel régulier conforme à la majorité des cas” seront influencées par les pratiques alimentaires des sportifs, mais également si les pratiques sportives jouent un rôle sur l’alimentation.

Le choix de ce sujet s’est effectué à la suite de notre expérience dans la musculation et surtout de notre intérêt portant sur l’alimentation qui est “une action de fournir à un être vivant ou de procurer à soi-même les éléments nécessaires à la croissance et à la conservation”, ainsi que les normes sociales qui sont « des règles perçues, informelles et pour la plupart non écrites qui définissent des actions acceptables et appropriées au sein d’un groupe ou d’une communauté donnée, guidant ainsi le comportement humain » liées au corps pour l’analyse de notre objet d’étude.

De plus, en faire une enquête en articulant ces différentes dimensions ainsi que d’en comprendre les incidences sur les individus était un sujet selon nous peu développé au sein de la sociologie. Nous nous sommes donc posé plusieurs questions d’ouvertures qui nous ont permis de nous amener à notre problématique par la suite.

Tout d’abord, nous nous étions demandé « comment les pratiques alimentaires peuvent-elles avoir une influence sur la pratique sportive ainsi que sur le rapport au corps ? ». Dans un second temps, nous nous sommes demandé « comment l’alimentation peut jouer un rôle sur la performance sportive des individus ? ». Et enfin, nous nous étions interrogé « dans quelle mesure les normes corporelles affectent-elles les pratiques alimentaires des sportifs ? ».

Etat de l'art

Grâce à nos différentes interrogations nous avons effectué des recherches qui nous ont permis de mettre en place un état de l’art résumant ce que la sociologie explique par rapport à notre sujet d’enquête nous permettant d’appuyer notre analyse et nos données.

Tout d’abord, nous avons pu nous pencher sur les travaux de Pierre Bourdieu avec son ouvrage “La distinction” permettant d’utiliser les capitaux comme moyen de distinction social entre les individus.

Grâce à différentes recherches nous sommes tombé sur un sociologue du nom de Thibaut de Saint Pol avec son ouvrage “Les évolutions de l’alimentation et de sa sociologie au regard des inégalités sociales” où il met en avant le fait que l’alimentation n’est plus une question de “faim” mais plutôt un marqueur social permettant la distinction entre les individus, selon lui le fait de “mal manger” est perçu par la société comme un manque de volonté personnelle des individus, l’alimentation devient donc une question de responsabilité individuelle.

Pour appuyer nos recherches Michel Foucault nous évoque dans son ouvrage “Discipline et Punir” le fait que le corps est un nouveau moyen de pouvoir et de discipline notamment avec la normalisation de celui-ci au sein de la société, le corps devient donc un objet de discipline selon l’auteur.

Enfin, nous nous sommes basés sur les travaux du sociologue Alain Ehrenberg avec son ouvrage “Le culte de la performance” qui mentionne le fait que la société devient une société de “performance” où cela repose sur une auto-discipline de l’individu prouvant qu’il est légitime d’obtenir des résultats corporels pour ne pas être un échec aux yeux de la société montrant l’aspect important des normes sociales.

Problématique et hypothèses

Grâce à ces questions ainsi qu’à notre état de l’art, nous avons pu élaborer par la suite une problématique qui nous aidera à la formulation de notre questionnaire concernant notre enquête sur la diététique des sportifs. Nous avons décidé de sélectionner la problématique ci-dessous pour voir comment les pratiques alimentaires relèvent d’une forme de discipline qui nous renvoie à « une instruction ou une direction morale », dans le sens où les individus disciplinent leurs corps en fonction des normes corporelles mis en avant par la société. Également, une nouvelle discipline alimentaire mise en place au sein des repas des sportifs pour analyser comment cela influence les individus à changer et à choisir différentes stratégies pour l’amélioration de leurs physiques. À la suite de la définition des termes de notre sujet et l’élaboration de différentes questions, nous avons donc choisi la problématique suivante : « Comment les pratiques alimentaires liées au sport engendrent-elles une forme de discipline du corps aux normes sociales actuelles ? » Afin d’explorer les résultats que nous pourrions obtenir à la suite de notre passation du questionnaire, nous nous attendons à trouver différents résultats, pour cela nous avons élaboré plusieurs hypothèses tel que : Ce questionnaire a été élaboré afin de mieux comprendre les choix alimentaires des sportifs, et de nous permettre d’observer si il y a une influence de l’alimentation sur les pratiques sportives ainsi que les performances des individus.

Plan

Pour répondre à notre problématique et trouver des réponses à notre enquête, nous allons dans un premier temps aborder l’impact des représentations sociales et des idéaux de la société. Puis dans un second temps, la mise en place d’une forme de discipline alimentaire chez les sportifs. Et enfin, nous observerons l’efficacité du contrôle vis-à-vis des corps des individus.

I/ l’impact des représentations sociales et des idéaux de la société

Au sein de cette première partie, nous allons aborder comment les individus mettent en avant les idéaux que la société prône vis-à-vis des normes corporelles et sociales.

L’impact des idéaux de la société est un phénomène central au sein de la sociologie mais aussi dans la vie des individus sans forcément le savoir, nous avons pu observer lors de la récolte et de l’analyse de nos résultats que les hommes et les femmes ont des aprioris de pensée tournés vers un corps idéal à avoir au sein de la société pour rentrer dans les normes de celle-ci. Au vu des normes qui segmentent notre société les individus seront confrontés à ce phénomène intégrant dans leur socialisation des idéaux mis en avant notamment soit par leur origine sociale soit via le réseau social qu’ils possèdent par exemple. Afin de vérifier ces faits, nous avons élaboré différents graphiques nous permettant d’analyser en fonction des individus les différents corps que la société met en avant pour les femmes et pour les hommes. Dans un premier temps, on s’intéresse à un graphique (cf. graphique 1) montrant les corps valorisés des femmes au sein de la société.

Graphique 1 :

Tout d’abord, on observe qu’il y a une forte tendance à la valorisation d’un corps mince chez les femmes de 40,2%. L’écart est significatif en comparaison avec les autres modalités de réponses par exemple nous observons que le corps sculpté a 24,51% de réponses montrant que ce corps reste valorisé chez les femmes au sein de la société mais qu’il ne constitue pas l’idéal corporel premier mis en avant. Également, nous remarquons que le corps musclé chez les femmes est celui le moins valorisé nous permettant d’observer des différences genrées entre les hommes et les femmes qui est quant à lui le deuxième plus valorisé chez les corps masculins. Le pourcentage de corps musclé chez les femmes s’élève à 1,96% seulement. De plus, la modalité de réponse “Pas de corps idéal” s’élève à seulement 2,94% chez les femmes montrant l’ancrage des normes corporelles et d’une vision unifiée des individus concernant le corps type à avoir de nos jours.

Les résultats que nous avons extraits, nous montre que le corps idéal chez les femmes se matérialise de façon que la femme doit être mince, féminine et en bonne santé avec une forme globale saine entrant en corrélation avec les valeurs de la féminité, de la gentillesse et de la douceur chez une femme qui sont valorisé et imposé aux femmes dans la société. Si une femme ne rentre pas dans ces critères de beauté féminins elle sera vue comme “déviante” si elle se retrouve plus musclée qu’un homme donc avec un physique jugé réservé à la gente masculine. Ces attentes esthétiques ne concernent pas uniquement les femmes, les données relatives aux hommes (cf. graphique 2) témoignent d'une nécessité tout aussi forte à la conformité bien que les attributs normalisés mis en place se déplacent de la minceur, et de l’esthétisme des femmes vers la dimension athlétique et viril des hommes.

Graphique 2 :

Afin de compléter notre analyse, nous remarquons une différence notable entre les hommes et les femmes sur ces graphiques notamment avec le fait que le corps valorisé pour les hommes se tourne dotant plus vers un corps sculpté avec 43,56% de répondants à cocher cette modalité de réponse. Tandis qu'en ce qui concerne la minceur elle n’est pas prônée chez les corps idéaux des hommes avec seulement 9,9%. On peut observer que pour les hommes le physique idéal se caractérise par un corps sculpté, musclé avec 22,77% montrant la virilité de l’homme affirmant le corps masculin comme un moyen de supériorité et de charisme plus imposant chez l’homme que chez la femme. Nous pouvons voir que des éléments de modalités sont apparues au sein du graphique des hommes (cf. graphique 2) comme le “gras” et “ne sais pas” cela peut s’expliquer par le fait que c’est le corps mince qui est prôné chez la femme ce qui va en contradiction avec “le corps gras”, puis également le “ne sais pas” pourrait traduire du manque d’intérêt envers le corps idéal masculin qui lui serait moins important que celui des femmes. Concernant la modalité “Pas de corps idéal” on constate que chez les hommes le pourcentage est plus élevé que celui des femmes avec 3,96% alors qu’il y a que 2,94% pour les femmes, malgré un écart assez faible de 1,02% il est notable de mettre en évidence que chez les hommes on porte moins l’attention sur un corps idéal que pour la gente féminine cela prouve que les normes corporelles sont plus strictes et évidente chez la femme.

Comme l’exprime François De Singly dans son article “Les manœuvres de séduction : une analyse des annonces matrimoniales”, les femmes ont tendances à mettre en évidence leurs excellence corporelle au sein de leurs annonces prônant l’importance de leurs physiques comme un atout au sein de la société. Tandis que les hommes ont tendance à exploiter l’excellence économique mettant moins en avant cette excellence corporelle qui est beaucoup recherché au sein du groupe féminin que du groupe masculin. Cela nous permet d’appuyer cette analyse, du fait que les hommes sportifs ont davantage cet aspect très imposant et musclé alors que les femmes sportives ont tendance à s’orienter vers un physique en meilleur santé, dans une “bonne forme physique” laissant davantage penser à un corps esthétique plus qu’à un corps imposant. L'analyse de nos graphiques permet de confirme l'existence de normes esthétiques genrés et différenciés, ces représentations ne restent pas seulement de simples idées, elles conditionnent les comportements des individus. Cette volonté de se conformer aux normes sociales de beauté peut alors influencer les habitudes de vie notamment le rapport à la nourriture en mettant en place différente stratégie.

Tableau 8 : Typologie des mauvaises représentations alimentaires selon le genre

Tableau 8

N/A = réponse non cochée par un individu.

Comme l’énonce notre tableau “typologie des mauvaises représentations alimentaires selon le genre” (cf. tableau 8), nous constatons qu’une mauvaise alimentation se caractérise pour les hommes par une restriction alimentaire avec 19 hommes ayant coché cette proposition, et à l’inverse, 7 femmes ont évoqué que le fait de ne pas avoir de restriction alimentaire constitue une mauvaise alimentation contre aucun homme. De plus, pour les femmes ce qui revient le plus c’est le fait de manger des fast-foods comme mauvaise alimentation permettant de confirmer notre analyse ci-dessus qui met en évidence cette volonté des femmes à adopter une alimentation jugée “saine”, “conforme” au physique qui va de pair avec les normes corporelles de minceur et d’hygiène de vie saine. Concernant la consommation de légumes et de fruits ainsi que des protéines, les deux propositions ont toutes les deux eu 0 réponses, ce qui peut témoigner l’importance de ces deux éléments nutritifs au sein de l’alimentation des individus, et qui ne sont donc pas perçus comme nuisibles au corps ou entravant les objectifs corporels de ces derniers. A l’inverse, on remarque qu’une consommation riche en glucides (sucres) est aussi bien pour les deux genres perçu comme une mauvaise alimentation.

Comme l’explique Pierre Bourdieu dans son ouvrage “La distinction”, la recherche du façonnage d’un corps “musclé” pour les hommes ou d’un corps “mince” chez les femmes n’est pas seulement un choix personnel mais c’est aussi une manière de distinction envers les autres individus notamment via la maitrise de son apparence prônant un capital corporel important.

L’atteinte de cet objectif du capital corporel passe donc à la fois par la performance sportive ainsi qu’une discipline quant aux pratiques alimentaires permettant la construction d’un corps “conforme” aux normes comme l’exprime Michel Foucault dans son ouvrage “Discipline et Punir” où le façonnage du corps permet de rentrer dans les critères de la société et de prouver qu’un individu possède un pouvoir plus qu’un autre.

Le fait de savoir discipliner son corps permet une forme de hiérarchie sociale supérieure à ceux ou celles qui ne savent pas utiliser leurs corps à bon escient, pour "rentrer dans la norme” les individus mettent ainsi en place des pratiques alimentaires spécifiques. Cette volonté de discipliner son propre corps pour l'ajuster aux attentes sociales devient alors un levier qui transforme les habitudes quotidiennes comme le montre le tableau “typologie des mauvaises représentations alimentaires selon le genre” (cf. tableau 8).

II/ la mise en place d’une forme de discipline alimentaire chez les sportifs

Au sein de cette deuxième partie, nous allons aborder comment les individus mettent en place une nouvelle forme de discipline alimentaire au sein de leurs pratiques quotidiennes.

La pression sociale se retrouve dans différents aspects de la vie comme la diététique, elle prend une dimension particulièrement rigoureuse chez les sportifs pour qui le corps devient un véritable objet de construction. Au-delà d'une simple recherche esthétique, on observe que les individus mettent en place une nouvelle forme de discipline alimentaire qui s’intègre aux pratiques alimentaires quotidiennes. L'alimentation n'est plus vécue comme un plaisir mais plutôt comme un moyen de conformisation à la performance et aux normes sociales. Lors du déroulé de notre enquête, certains résultats concernant les pratiques alimentaires sont apparus flagrants, en effet comme le montre le tableau intitulé “répartition (en %) sur la modification des habitudes alimentaires et la perception de la performance sportive des individus” (cf. tableau 2).

Tableau 2 : Répartition (en %) selon la modification des habitudes alimentaires et la perception de la performance sportive des individus

Tableau 2

N/A = réponse non cochée par un individu

Comme nous pouvons l’observer, les personnes ayant changé leurs habitudes alimentaires ont vu pour la plupart un changement dans leur performance sportive avec un taux de réponse “Oui” à plus de 30,9% contre seulement 9,1% de personnes n’ayant pas changé d’alimentation. On constate que les individus n’ayant pas changé leur alimentation se sont vus plus nombreux à ne pas avoir de changement de performance sportive avec un taux de 18,2% prouvant qu’un changement alimentaire peut avoir un impact sur la performance sportive des sportifs. Concernant les individus ayant cochée l’item de réponse “Moyennement” on observe que leur performance sportive n’a pas forcément changé à la suite ou non d’un changement d’alimentation notamment avec le fait que pour les “Non” on obtient un taux à 16,4% où les individus n’ont pas observé de modification. Tandis que pour les individus ayant changé leurs habitudes alimentaires on a un taux de 12,7% de modification dans la performance sportive.

Comme l’explique Thibaut de Saint Pol dans son article “Les évolutions de l’alimentation et de sa sociologie au regard des inégalités sociales”, on peut voir que désormais l’alimentation n’est plus qu’une question de faim mais un marqueur social permettant la distinction. Par exemple comme le cite Thibaut de Saint Pol dans son article les classes populaires ont tendances privilégier l’alimentation “nourrissante” alors que les classes supérieures préfèrent l’alimentation saine et bio, cela nous permet de rallier le corps idéal de la société qui sera plus facilement atteignable par les sportifs qui font attention à leurs habitudes alimentaires, déjà vers la minceur pour les femmes et vers la musculature pour les hommes.

Dès lors, où l'alimentation est mise au service du résultat sportif, elle s'accompagne d'une recherche de compléments alimentaires. La transition vers des pratiques différentes devient alors un marqueur de l'investissement sportif de l’individu. Le tableau s’intitulant “classement des différents compléments alimentaires consommés selon le niveau sportif” (cf. tableau 6) va nous permettre de répondre à ce questionnement.

Tableau 6 : Classement des différents compléments alimentaires consommés selon le niveau sportif.

Tableau 6

N/A = réponse non cochée par un individu

En ce qui concerne ce deuxième tableau, nous constatons que le niveau sportif ayant le plus de réponses dans tous les compléments alimentaires sont le groupe des intermédiaires avec par exemple un taux de 16 réponses dans la catégorie des intermédiaires qui consomment de la Whey/Protéine à côté de leurs alimentations. Le complément le plus présent dans les trois niveaux sportifs est la Vitamine, on observe que plus de 5 débutants en consomme, 14 intermédiaires et 1 professionnel prennent de la Vitamine en complément car c’est un complément dit “bon” et “sain” pour le corps permettant une vision saine d’un corps et d’un sportif qui en consomme en plus de son alimentation. Contrairement au Fer où seulement 1 débutant et 7 intermédiaires prennent ce complément étant le moins consommé par les sportifs car c’est l’un des compléments les plus faciles à obtenir via l’alimentation quotidienne des individus. Cependant tous les intermédiaires ne prennent pas de compléments on peut l’observer avec le fait que 12 personnes ne consomment “aucune de ces propositions” montrant que ce n’est pas une obligation mais que la majorité des sportifs intermédiaires consommes des compléments pour faire un supplément à leurs habitudes alimentaires de base.

Nous pouvons donc remarquer qu’un changement d’alimentation s’adapte aux besoins de la pratique sportive des individus qui demande généralement plus d'énergie, de récupération, de protéines pour préparer les muscles à l’arrivé de la pratique sportive. Ces compléments permettent donc d’optimiser le corps et les performances des individus en mobilisant des aspects corporels qui permettent “l’excellence sportive”. Donc la consommation de compléments alimentaires peut être un marqueur social notamment en mettant en avant la discipline qui vient créer un sentiment de légitimité au sein du monde sportifs et auprès des pairs en venant témoigner de l’implication de l’individu concernant sa santé et son corps.

Comme l’exprime l’auteur Thibaut De Saint Pol dans son ouvrage “Les évolutions de l’alimentation et de sa sociologie au regard des inégalités sociales”, le fait de “mal manger” est perçu dans notre société actuelle comme un manque de volonté des individus. L’alimentation devient une question de responsabilité individuelle où quand on mange mal et que l’individu ne rentre pas dans les normes sociales la société juge le sportif comme quelqu’un qui ne se prend en main n’étant pas légitime de sa position de sportifs. Les sportifs vont adapter leurs alimentations comme une morale de santé pour que le corps de ceux-ci suive les normes attendus si il pratique une activité sportive, on fait donc place à des stratégies d’optimisations pour paraitre conforme au niveau sportif qu’ils possèdent.

Ainsi pour les individus le recours aux compléments alimentaires dépasse la performance pour devenir une véritable "morale sportive" où consommer ces produits, permet de démontrer l’engagement que l’individu a dans sa pratique pour sculpter leurs corps. En effet, comme l’évoque notre tableau intitulé “variations des comportements alimentaires selon le niveau sportif de l’individu (en %)” (cf. tableau 4)

Tableau 4 : Variations des comportements alimentaires selon le niveau sportif de l’individu (en %)

Tableau 4

Pour ce qui est de ce tableau 4, on peut remarquer que 47,3% des personnes ayant un niveau intermédiaire ont eu un changement alimentaire notable montrant ici le taux le plus élevée. De plus, les débutants malgré un faible taux qui correspond à 1,8% montre un changement alimentaire. Cependant, il y a tout de même 30,9% des sportifs qui disent ne pas avoir changé d’alimentation en fonction de leurs niveaux sportifs. Un changement alimentaire se voit tout de même important dans la pratique sportive des individus ayant un niveau sportif intermédiaire prouvant cette conformité aux normes. En ce qui concerne le niveau professionnel on remarque que 1,8% dit ne pas avoir modifié leur alimentation montrant que les professionnels ayant de l’expérience ont possiblement incorporé les différents régimes alimentaires souhaitables pour être socialement et corporellement acceptable pour la société et par les sportifs en terme général.

Comme l’explique Alain Ehrenberg dans son ouvrage “Le culte de la performance”, la société devient une société de “performance” où cela repose sur une auto-discipline de l’individu prouvant qu’il est légitime d’obtenir de tels résultats corporels pour ne pas être un échec aux yeux de la société, montrant l’aspect important des normes sociales. La nouvelle discipline alimentaire avec des changements d’alimentation et de la prise de compléments alimentaires à côté des repas que les sportifs arborent ne sont plus de simples choix de santé ou de performances mais ce sont des choix de conformité aux nouvelles normes sociales autour du corps et du sport qui émergent petit à petit.

Les changements d’alimentation ne sont donc pas seulement des objectifs de santé mais c’est un moyen pour les sportifs de se conformer aux normes sociales et corporelles de la société en s’appuyant sur des stratégies pour être légitime, permettant aux corps d’être un réel objet que les individus peuvent modeler selon leurs préférences en essayant de toujours rentrer dans les normes. Ce phénomène permet aux individus de contrôler leurs corps en sculptant les parties qu’ils souhaitent travailler et mettant en avant des habitudes alimentaires pour atteindre leurs objectifs comme nous avons pu le voir avec le tableau s’intitulant “classement des différents compléments alimentaires consommés selon le niveau sportif” (cf. tableau 6).

III/ l’efficacité du contrôle vis-à-vis des corps des individus

Au sein de cette troisième partie, nous allons aborder si l’efficacité de ce contrôle ainsi que des différentes disciplines mises en place permettent ou non la modification des corps des individus.

Les pratiques alimentaires comme nous avons pu l’analyser s’ajustent et se transforment chez les sportifs, on remarque que la discipline devient un élément de contrôle au sein de la vie quotidienne des individus. Cette adaptation des techniques alimentaires montre un investissement des individus prouvant leur légitimité au sein du monde sportif et aux normes sociales permettant ou non d’obtenir des résultats corporels. En effet, au-delà de la pratique sportive les disciplines prennent une place importante dans la modification corporelle montrant les différents objectifs de chacun. De plus, comme l’évoque le tableau s’intitulant “répartition des individus selon l’impact du changement alimentaire sur leur corps (en %)” (cf. tableau 3) permet d’évaluer l’efficacité de ce contrôle :

Tableau 3 : répartition des individus selon l’impact du changement alimentaire sur leur corps (en %)N/A = réponse non cochée par un individu

Tableau 3

En effet, on observe que la proportion d’individus ayant procédé à un changement d’alimentation et qui ont perçu un changement corporel s’élève à 27,3%, contre 20,0% qui n’ont pas vu de changement sur leur corps malgré le changement alimentaire. Ces données sont d’autant plus flagrantes quand on regarde la part d’individus n’ayant pas procédé à un changement alimentaire : 34,5% d’entre eux disent ne pas avoir vu de changement, contre seulement 16,4% qui évoquent en avoir vu. Malgré un écart de seulement 1,8% entre ceux qui ont changé d’alimentation et ceux qui ne l’ont pas fait, on constate que les sportifs qui améliorent leur alimentation sont ceux qui perçoivent le plus de changement corporel vis-à-vis de leur pratique sportive. On comprend donc que la modification de l’alimentation de manière volontaire à un impact important sur les corps, témoignant d’une réelle efficacité de cette discipline par rapport au physique.

Comme l’exprime Luc Boltanski dans son article “les usages sociaux du corps”, les raisons pouvant motiver les individus à vouloir changer corporellement parlant sont que le corps selon les individus n’est pas perçu de la même manière : par exemple comme l’exprime l’auteur, dans les milieux populaires le corps est perçu comme un outil de travail, alors que dans les milieux supérieurs, le corps est un perçu comme un capital. Cet élément nous permet d’appuyer le fait que le passage des individus à la prise de compléments alimentaires marque donc le moment où le sportif considèrera son corps comme un “objet”.

Cependant, malgré certains changements dans les habitudes alimentaires, mais aussi de contraintes auto-imposées par les individus, certains sportifs demeurent insatisfaits de leur physique, ce qui peut témoigner de la complexité des enjeux concernant l’alimentation et le niveau de satisfaction corporelle des individus. Comme nous pouvons le voir dans le tableau s’intitulant « influence du changement alimentaire dans le but d’atteindre une satisfaction corporelle » (cf. tableau 5), des enquêtés évoquent, malgré le changement alimentaire une insatisfaction corporelle.

Tableau 5 : Influence du changement alimentaire dans le but d'atteindre une satisfaction corporelle (en %)

Tableau 5

On distingue par exemple que le taux répondants ayant eu un changement alimentaire et étant insatisfaits de leur corps s’élève à 16,7%, contre 25,9% d’individus satisfaits ainsi que 5,6% de sans réponse. Le taux d’insatisfaction reste tout de même assez important, ce qui laisse comprendre que la prise de nouvelles habitudes alimentaires n’induit pas directement une satisfaction corporelle, et parfois même vient provoquer l’effet inverse. De plus, la part d’individus satisfaits de leur physique est plus importante lorsqu’il n’y a un changement alimentaire on remarque 25,9% d’individus sont satisfaits de leurs physiques avec un changement alimentaire, tandis que 29,6% de nos répondants se voient satisfaits de leurs corps en ayant eu aucun changement alimentaire. Cela peut s’expliquer par le fait que les individus préoccupés par leur discipline alimentaire ont tendance à se mettre plus de pression et à être moins indulgents envers eux-mêmes, montrant que les résultats de cette pratique créent une tendance beaucoup plus porter sur les détails et à se comparer aux autres sportifs. Ce qui en découle, c’est donc que la discipline seule ne pas va toujours atteindre l’idéal social que les individus s’imposent, il est dirigé selon les normes sociales qui évoluent en fonction du temps. Cela peut être expliqué par le fait que les normes engendrent une pression constante poussant à vouloir toujours mieux.

Comme l’exprime Marcel Mauss dans son ouvrage “les techniques du corps”, on constate que les individus mettent en place différentes stratégies pour appartenir au monde sportif il intériorise des comportements et des apprentissages pour mieux être accepté socialement. Les pratiques alimentaires permettent donc aux individus d’entreprendre différentes techniques du corps pour être acceptés socialement, prônant une efficacité et une image esthétique qui rentre au sein des normes sociales. Comme l’auteur l’explique en mettant différente démarche entreprise par la façon dont le corps bouge entre les hommes et les femmes pour permettre cette distinction et cet accord avec les normes.

On peut également relever que l’objectif sportif ne va pas forcément induire de changement alimentaire : comme on peut le voir dans le tableau qui a pour titre “croisement entre l’objectif final de la pratique sportive et la mise en place d’une nouvelle pratique alimentaire” (cf. tableau 7), cela laisse comprendre que les pratiques alimentaires sont en lien avec les objectifs sportifs.

Tableau 7 : Croisement entre l’objectif final de la pratique sportive et la mise en place d'une nouvelle pratique alimentaire

Tableau 7

N/A = réponse non cochée par un individu

Nous remarquons que le changement alimentaire est systématique pour certains objectifs sportifs tels que “perdre du poids” où seulement 1 individu a déclaré ne pas avoir changé d’alimentation lors de sa perte de poids, tandis que 7 individus ont déclaré avoir modifié leur alimentation en vue de cette perte de poids. On peut également citer que 16 répondants ayant répondu “s’amuser” n’ont pas effectué de changement d’alimentation, ce qui peut s’exprimer par le fait que les individus n’ont pas tous cette envie de changer corporellement parlant et ne souhaitent pas forcément rentrer dans les cases sociales. Tandis que, le fait de s’amuser ne répond pas forcément à ces attentes, ça laisse comprendre que le fait d’avoir un changement alimentaire est lié au type d’objectif sportif, là où tous les objectifs ne sont pas liés forcément à la construction d’un corps ou à la conformisation à des normes (s’amuser, etc…), et donc ne vont pas forcément vouloir l’adoption de régimes alimentaires particuliers. On observe également que 0 individus ont coché la réponse “non” pour un changement alimentaire dans le cadre d’une prise de poids, ce qui laisse comprendre qu’il est indispensable de modifier la pratique alimentaire afin d’arriver à cet objectif. De plus énormément d’individus commencent une activité sportive en vue de garder une forme physique, amenant à un changement alimentaire pour 23 répondants. Certaines réponses de notre enquête nous ont permis d’analyser que pour certains répondants, le changement d’alimentation peut être provoqué par différents phénomènes, comme le fait de “vouloir prendre du muscle et se sentir moins fatigué”, “se donner de l’énergie”, ou encore “pour être sûr d'avoir tous les apports nécessaires lors de l’effort physique”.

En outre, les résultats de cette analyse nous laissent comprendre que la mise en place d’une discipline alimentaire permet d’amené à des résultats variables dans la modification corporelle des sportifs.

Conclusion

A la suite de l'analyse de notre enquête, il apparaît clairement que le corps est devenu un objet au sein de notre société répondant aux normes sociales qu’elle met en avant. Nos données nous ont permis de confirmer que l'engagement sportif est loin d'être un phénomène individuel mais plutôt une réponse aux idéaux de la société. Il s'accompagne en effet d'une modification des pratiques alimentaires dès lors où le sportif s'inscrit dans une volonté de transformation physique ainsi que de performance.

Nous avons pu constater, que les hommes et les femmes sont touchés par des normes corporelles mise en avant au sein de la société de manières différentes montrant des objectifs sportifs ciblées vers ces normes, qui sont caractérisé chez les hommes par un corps musclé et imposant en accord avec des valeurs virils et pour les femmes plus tournées vers un corps mince, en bonne santé et surtout qui reste inférieur au corps des hommes musculairement et hiérarchiquement parlant.

On remarque comme l’explique Raewyn Connell dans son ouvrage “Masculinités”, le corps met en avant différente stratégie d’un idéal culturel par exemple la masculinité va être perçu via le corps comme un modèle de virilité pour valoriser la hiérarchie sociale des hommes, là où un homme qui n’est pas musclé sera moins respecté au sein de la société qu’un homme qui impose un corps conforme à celle-ci. L’atteinte de ces normes corporelles passe par différentes stratégies de disciplines mise en place par les sportifs prônant un nouveau style alimentaire en mettant en avant la prise de complément ou de nutriment à côté des repas quotidiens permettant l’évolution et l’adaptation du corps aux normes. L'adoption d’une forme d’alimentation précise permet une légitimité dans le sport que l’individu pratique permettant de prouver son engagement dans la pratique et son investissement corporel.

On observe également que pour les femmes la pression reste néanmoins plus forte car le fait d’être mince pèse plus sur les épaules d’une femme que le fait d’être musclé pour un homme. Les nouvelles disciplines mise en place sont pour les femmes des stratégies plus intense au niveau social et corporel en raison des règles de contrôles du corps plus importante. La combinaison de ces disciplines alimentaires et de ces normes sociales provoque des tendances différentes dans l’acceptation de son propre corps avec la satisfaction corporelle qui varie selon les individus, les changements alimentaires vont parfois de pair avec un changement corporel mais surtout que les nouvelles habitudes diffèrent selon les différents objectifs sportifs des individus n’étant pas universel.

Pour finir, nous pouvons constater que l'entièreté de nos hypothèses que nous avons posé en début d'enquête ont toute été validées lors de l'analyse et des recherches que nous avons effectuées nous permettant de les affirmer. L'hypothèse la plus importante de notre enquête reposait sur notre hypothèse générale qui est pour rappel "La pratique sportive ne relève plus seulement d'un loisir mais désormais d'un processus de différente discipline où l'alimentation devient un levier de contrôle pour ajuster le corps aux normes socialement valorisées", grâce à notre analyse, on a pu constater que la pratique sportive prend une tout autre forme qu'un simple loisir en passant d'un amusement à un marqueur social et distinctif où les sportifs mettent en place des stratégies alimentaires pour contrôler l'évolution de leurs corps pour se conformer aux normes sociales.

Encadré sociologique

Afin de dresser notre analyse, nous avons procédé à l’élaboration d’une méthodologie s’appuyant sur un questionnaire qui se compose de 29 questions d’une durée de 10 à 15 minutes dans la période du 21 février au 12 mars 2026.

En ce qui concerne la passation de nos questionnaires, tout d’abord nous avons publié notre questionnaire sur internet celui-ci fut disponible sur la plateforme internet de Fabien Torre (Licence SoQ : Site des enquêtes sur le web), nous avons partagé notre questionnaire dans des forums sportifs ainsi que sur les réseaux sociaux comme Facebook, Instagram.

Pour la version papier, nous avons fait passer notre questionnaire en présentiel dans des chaines de magasin de sport tel que Décathlon, Intersport. Mais également via du bouche à oreille grâce à des connaissances afin de pouvoir récolter des nombreuses informations. De plus, nous avons interpellé des sportifs dans des clubs, dans des associations sportives ainsi qu'au sein des salles de sports.

Notre échantillon se compose d’hommes et de femmes qui pratiquent une activité sportive régulière minimum 1 fois par semaine, nous avons décidé de ne pas faire paraitre de tranche d’âge précise dans le but d’avoir un maximum de diversité au sein de nos répondants nous permettant de pouvoir comparer nos données et avoir matière à comprendre les avis et les stratégies mises en place par chacun.

Graphique 3 : Répartition (en %) des répondants selon leur genre

Tableau 1 : Répartition (en %) des répondants selon leur genre et leur catégorie socio-professionnelle

Tableau 1

Ce tableau nous permet d’analyser le genre de nos répondants ainsi que leur catégorie socio-professionnelle nous pouvons remarquer que 43,6% des répondants sont des femmes avec une majorité d’entre-elles étant étudiante tandis que nous avons 54,5% d’hommes ayant répondu à notre enquête avec une majorité d’entre-eux également étudiant cependant avec une légère augmentation d’hommes dans la catégorie des employés avec 14,5%.

Pour ce qui est des limites et des biais de notre enquête ils vont se tourner notamment vers le manque de temps des individus pour répondre à notre questionnaire ainsi que de possibles refus de leurs part. Également des difficultés à aborder certains sujets qui tournent autour du corps ou des pratiques alimentaires qui pour certains peuvent être des sujets sensibles. Aussi le manque de temps de disponibilité du questionnaire sur le site de Fabien Torre.

De plus, nous constatons qu’après la publication de la version sur internet de notre questionnaire nos enquêtés ont eu beaucoup de mal à envoyer leurs réponses du au bouton “envoyer” trop petit et pas assez mis en évidence. Beaucoup de nos enquêtés appuyé sur le bouton entrer de leurs claviers qui envoyer les réponses automatiquement malgré la session non finie du répondant provoquant beaucoup de réponses vides au sein de nos récoltes donc un nettoyage rigoureux et consistant.

La non mise en place d’une catégorie d’âge précise pour notre enquête peut engendrer un manque de donnée concernant les caractéristiques socio-démographique des individus ne permettant pas d’appuyer aux mieux les différences observables dans l’alimentation et la perception des corps des individus. Une difficulté notable au sein de notre travail se caractérise par la complication d’obtenir de nombreuses réponses malgré la mise en ligne sur différentes plateformes ou forums à plus de dizaines de milliers de participants. Les individus ne prêtaient pas forcément attention à nos flyers ou nos messages.

Bibliographie