INTRODUCTION
Objet d'étude
Aujourd’hui, les troubles du sommeil concernent une part importante de la population. Selon l’étude sommeil 2023 de l’Institut National du Sommeil et de la Vigilance (INSV), 42 % des 1004 français interrogés auraient déclaré au moins un trouble de sommeil, avec 20 % souffrant de l’insomnie.
L’insomnie peut être définie comme une insuffisance ou absence de sommeil associée aux difficultés de s’endormir, des réveils nocturnes et précoces. Ces troubles sont souvent mais pas uniquement liés au stress, un rythme de vie irrégulier, ainsi que des pratiques/modes de vie pas favorables à l’endormissement (usage des écrans la nuit, activité sportive le soir, la sédentarité, la consommation d’alcool, etc). Les troubles de sommeil ainsi ne relèvent pas uniquement d’une dimension médicale : ils s’inscrivent également dans des modes de vie, des contraintes professionnelles, et des rythmes sociaux spécifiques.
Dans ce contexte, la question du sommeil apparaît comme un révélateur des inégalités sociales. La question donc se pose : Est-ce que les troubles du sommeil sont seulement liés à des problèmes individuels, ou est-ce qu’ils sont aussi influencés par notre mode de vie et l’organisation de la société actuelle ? Cette enquête propose d’étudier les troubles de l’insomnie à travers les différences de rythmes de vie et les contraintes sociales qui pourront influencer la qualité du sommeil. Le but est de comprendre comment les troubles de l’insomnie se distribuent au sein de la population, et d’évaluer si certaines catégories sont plus exposées que d’autres aux difficultés d’endormissement, aux réveils nocturnes ou encore à la fatigue chronique. Il ne s’agit pas içi de poser un diagnostic médical, mais d’analyser les conditions sociales dans lesquelles ces troubles apparaissent.
État de l'art
Capucine Rauch dans sa thèse en sociologie Le sommeil, une variable d'ajustement? Différences sociales et genrées au cours du cycle de vie (2022), pense le sommeil comme objet social, la plaçant dans l’emploi du temps pour montrer qu’il dépend de la position des individus dans la société et reflète les rapports sociaux dans lesquels ils s’inscrivent. Le sommeil apparaît ainsi comme une variable d’ajustement, dont la durée et les horaires sont modulés en fonction des contraintes sociales. Il constitue également un révélateur d’inégalités: l’organisation du sommeil cristallise des différences de classe et de genre, notamment dans la répartition des contraintes professionnelles et domestiques.
Plusieurs travaux ont également montré le poids des contraintes temporelles et professionnelles. Harknett, Schneider et Wolfe (2020) mettent par exemple en évidence le fait que l’incertitude des horaires de travail perturbe les routines, augmente le stress et détériore le sommeil. De leur côté, Boersma et al. (2023) rappellent que le travail en horaires décalés entre en tension avec les rythmes circadiens. La question du sommeil ne relève donc pas seulement d’une bonne ou d’une mauvaise hygiène individuelle : elle renvoie aussi à l’organisation sociale du temps.
Enfin, certains travaux en sciences sociales invitent à replacer le sommeil dans des modes de vie spécifiques. Les recherches sur les étudiants montrent bien que les « cultures de la nuit », les logiques de sociabilité, les exigences académiques et les usages numériques brouillent les frontières entre temps de repos et temps d’activité. De façon plus générale, le sommeil peut être lu comme un révélateur d’inégalités car tout le monde a besoin de dormir, mais tout le monde ne dispose pas des mêmes conditions pour le faire. C’est précisément dans cette pensée que se situe l’analyse proposée dans cette enquête.
La problématique retenue est donc la suivante : Dans quelle mesure les troubles de l’insomnie varient-ils selon les déterminants sociaux des individus ? L'analyse permettra de déterminer si les troubles du sommeil sont seulement liés à des facteurs individuels, ou s'ils reflètent aussi des inégalités et contraintes sociales.
Hypothèses
H1: Les troubles de l’insomnie sont socialement différenciés en fonction de styles et conditions de vie plutôt que aléatoirement répartis.
H2: Les individus soumis à des conditions de vie difficiles telles que des rythmes de travail exigeants ou des situations de précarité sont les plus susceptibles aux troubles de l'insomnie.
H3 : Les troubles de l’insomnie varient selon le genre et la situation familiale, en raison d’une répartition inégale des responsabilités et de la charge mentale.
Methodologie
Pour répondre à la problématique, une enquête par questionnaire a été réalisée. Le questionnaire est structuré en quatre parties : le sommeil au quotidien; la manifestation des troubles de sommeil ; les rythmes, modes de vie, et contraintes sociales; et le talon socio-démographique.
Cette structure nous permettra de tirer des liens entre les manifestations des troubles de sommeil et les facteurs socio-démographiques. Le questionnaire comporte 31 questions au total visant à répondre à la problématique posée. À l’aide du langage HTML, nous avons développé un questionnaire en ligne qui a été diffusé via nos réseaux sociaux personnels, ainsi que par le partage d’un code QR sur le campus de Pont de Bois à l’Université de Lille. En complément, quatre questionnaires au format papier ont été administrés en face à face directement sur ce même campus. La période de collecte des données s’est déroulée du 26 février au 22 mars 2026, et à la fin de cette période, nous avons recueilli un total de 67 réponses, dont 46 provenant de femmes et 21 d’hommes. On remarque rapidement que la majorité des personnes interrogées sont des femmes, qui représentent 68,7 % des répondants.
Pour les réponses receuillis du questionnaire en ligne, cette surrepresentation se remarque aussi, 44 des 63 répondants étant des femmes.
Une douzaine de réponses en ligne ont été obtenues grâce à la diffusion du code QR sur le campus. Toutefois, cette démarche s’est révélée difficile, notamment pour aborder les individus. De plus, sur le site de Pont-de-Bois, les femmes étaient plus fréquemment présentes, seules ou en groupe, et cela, combiné à un biais de proximité lié au genre, cela a rendu l’approche des femmes plus facile que celle des hommes. Il existe également une surreprésentation des femmes dans nos réseaux sociaux, de ce fait, nous aurons naturellement plus de réponses de femmes, et en plus, en analysant les réponses reçues, il semble avoir un taux de réponses plus élevé parmi les femmes que les hommes
Le champ de diffusion des questionnaires a résulté également une surreprésentation étudiante de 73,1% (74,6% dans les réponses receuillis en ligne) dans notre population. Le choix du campus de Pont de Bois pour passer les questionnaires en main relève d’un choix de convenance. De plus, étant nous-même des étudiants, les individus composant nos réseaux sociaux sont en majorité des étudiants aussi. Nous avons contacté l’organisation France Insomnie ainsi que la plateforme «@aurevoirinsomnie» sur Instagram pour du soutien dans la diffusion de notre questionnaire, mais cette démarche n’a pas pu être menée à terme à cause des contraintes temporelles.
Nous reconnaissons la présence d'autres limites présentes cette étude. Étant fondée sur l'auto-déclaration des répondants, elle est exposée aux risques de biais de mémoire, d'interprétation des questions, et pour les questionnaire passées sur papier, il est possible que certaines réponses aient été données rapidement ou sans réelle réflexion, ce qui constitue une limite classique dans ce type d’enquête. Certains enquêtés peuvent aussi adapter leurs réponses en fonction de la présence de l’enquêteur, notamment sur des questions liées au stress ou aux habitudes de vie. Il se peut également que le nombre de questions posées ne suffisent pas pour répondre de manière exhaustive à la problématique. Nous avons essayé d'inclure un nombre suffisant de questions afin de disposer d'une base riche pour l'analyse, tout en évitant d'en surcharger le questionnaire.
Il faudrait donc faire attention à l'interpretation des résultats. Cette enquête ne représente pas toute la population, mais surtout des jeunes, souvent étudiants, avec un certain mode de vie. Ça peut forcément influencer les résultats, notamment sur le sommeil. Mais ce n’est pas un problème en soi. Au contraire, ça permet de montrer que le sommeil dépend beaucoup du quotidien des individus, de leurs contraintes (comme les études) et de leur rythme de vie. Donc même si les résultats ne sont pas généralisables à toute la population, ils restent intéressants pour comprendre les liens entre sommeil et conditions de vie.
Pour le traitement des données, nous avons réalisé une base de données à partir des 67 réponses recueillies, et avec l’aide du logiciel Rstudio, construit un ensemble des représentations graphiques et tabulées à partir desquelles, nous allons construire notre analyse. Notre analyse se portera d’abord sur les manifestations générales des troubles du sommeil, avant d’examiner le rôle des contraintes sociales, puis les différences selon les caractéristiques sociodémographiques.
RéSULTATS ET ANALYSE
Un sommeil souvent présent, mais fréquemment dégradé
En analysant la durée de sommeil, la plupart des personnes déclarent dormir 6 à 7 heures de sommeil par nuit, ce qui concerne 37,3 %(38,1% en ligne) des répondants. À première vue, ce résultat pourrait suggérer des conditions de sommeil relativement satisfaisantes, dans la mesure où cette durée se rapproche des recommandations de 7 heures ou plus. Également, la proportion des répondants ayant déclaré dormir 7 à 8 heures, et plus de 8 heures (26,9 et 6,0 % respectivement, 25,4 et 6,4% en ligne) est supérieure à la proportion des répondants qui se situent en situation de privation relative de sommeil (moins de 5 heures et 5-6 heures, le total étant 30,2%).
Ce qui frappe içi, ce n’est pas seulement l’existence d’une minorité très privée de sommeil, mais plutôt le fait que la majorité se situe dans des durées intermédiaires, qui peuvent suffire pour certains mais être trop courtes pour d’autres. La durée n’est donc pas à lire seule : elle doit être mise en rapport avec la qualité du sommeil, les réveils nocturnes et la fatigue du lendemain.
Même quand la durée n’est pas extrêmement basse, la qualité du sommeil perçue par la population apparaît souvent dégradée. Au total, 50,8 % (46,0% en ligne) des répondants jugent leur sommeil « peu satisfaisant » ou « pas du tout satisfaisant ». À l’inverse, seuls 6,0 % (4,8 en ligne) parlent d’un sommeil « très satisfaisant ». On peut donc dire que le problème principal n’est pas seulement de dormir moins, mais de mal dormir. Cette distinction est importante sociologiquement : elle montre que l’insomnie ne se réduit pas à un déficit quantitatif. Elle renvoie aussi à une expérience subjective du repos, de la récupération et de la sérénité. Or cette expérience est elle-même liée à des contextes sociaux. Un sommeil écourté, fragmenté ou vécu sous tension n’a pas la même signification selon que l’on est étudiant, salarié, soumis à un travail de nuit ou exposé à un stress quotidien fort.
Les différents troubles ne sont pas présents avec la même intensité. La difficulté d’endormissement est le plus fréquent : 41,8% des répondants déclarent y être confrontés souvent ou très souvent. Viennent ensuite les réveils nocturnes répétés (32,8%), puis les réveils précoces sans possibilité de se rendormir (17,9%). Cette hiérarchie est intéressante, car elle suggère que le problème se joue d’abord au moment de « décrocher » de la journée et d’entrer réellement dans le sommeil. Cela renvoie assez bien à l’idée d’une journée qui se prolonge mentalement dans la nuit: préoccupations, charge de travail, écrans, stress, anticipations. Le sommeil est alors moins perturbé par un seul facteur biologique que par une difficulté à suspendre les sollicitations de la veille. On retrouve ici une lecture très compatible avec la sociologie des rythmes sociaux.
Les effets diurnes des troubles du sommeil apparaissent très nettement. 57,6% des répondants se disent fatigués souvent ou très souvent au réveil, contre seulement 15,3 % qui répondent « jamais » ou « rarement ». Ce point est important, car il déplace l’analyse : l’insomnie n’est pas seulement un problème nocturne, elle déborde dans la journée suivante. Elle peut alors toucher la concentration, l’humeur, la disponibilité au travail ou aux études, et plus largement le rapport ordinaire au temps. Ce résultat conforte l’idée que les troubles du sommeil constituent un fait social ayant des conséquences concrètes sur les activités quotidiennes. Il montre aussi qu’un sommeil jugé «correct» en nombre d’heures peut malgré tout être ressenti comme peu réparateur. C’est pourquoi l’étude des troubles doit articuler durée, qualité, symptômes et effets vécus.
Des contraintes sociales au cœur des troubles du sommeil
Le croisement entre le stress ressenti au quotidien et la qualité du sommeil fait apparaître une association très nette. Parmi les personnes déclarant rencontrer le stress souvent ou très souvent, 59,1% déclarent un sommeil dégradé. Cette proportion tombe à 41,2 % chez ceux confrontés parfois à des situations de stress dans leur quotidien, et encore à 16,7% chez ceux qui sont rarement confrontés à des situations de stress. Le stress apparaît içi comme une contrainte majeure: plus il est fréquent, plus la probabilité d’un sommeil dégradé augmente fortement. Il ne faut évidemment pas en déduire une causalité mécanique, car la relation peut fonctionner dans les deux sens: le stress détériore le sommeil, mais un mauvais sommeil peut aussi augmenter le stress. Malgré cela, le croisement reste parlant. Il suggère que la nuit n'efface pas les tensions du jour. Au contraire, celles-ci semblent se prolonger et venir peser sur la qualité même du repos.
Les réponses concernant le rythme de vie prolongent cette lecture. Lorsque les enquêtés considèrent que leur rythme de vie est plutôt compatible avec un sommeil de qualité, seulement 24,0% déclarent un sommeil dégradé. En revanche, lorsque ce rythme est jugé peu ou pas compatible, cette proportion monte à 69,2 et 54,5% respectivement, ce qui représente plus que la moitié des individus. Cependant, cette tendance est loin d’être parfaitement linéaire. Les individus déclarant un rythme de vie tout à fait compatible avec un sommeil de qualité sont 80,0% à déclarer un sommeil dégradé. Cette contradiction peut s’expliquer en partie par la faiblesse des effectifs dans certaines catégories, mais aussi par le décalage possible entre la perception subjective de son rythme de vie et ses effets réels sur le sommeil. Autrement dit, considérer son rythme comme compatible ne garantit pas nécessairement un sommeil de bonne qualité. Une nuance est donc introduite des logiques impactant les troubles de sommeil qui ne sont pas toujours simples ni directement visibles.
Quand on s'intéresse à la manière dont les répondants décrivent eux-même l’effet du stress sur leur sommeil, la tendance devient encore plus claire. Parmi ceux qui estiment que le stress influence « très fortement » leur sommeil, 81,8% se situent dans la catégorie du sommeil dégradé. À l’inverse, chez ceux qui répondent « pas du tout », le pourcentage tombe à 60,0%. Il est intéressant de voir un écart beaucoup moins grand entre la proportion des personnes déclarant fortement ressentir une influence du stress sur leur sommeil, et même plus de personnes içi ayant un sommeil satisfaisant. Ce résultat est intéressant parce qu’il combine une mesure descriptive et une dimension plus réflexive: les enquêtés ne décrivent pas seulement un symptôme, ils donnent aussi un sens à leur expérience. De plus, il fait remonter l’idée que les individus ne subissent uniquement ces expériences, mais peuvent mettre en place des logiques de compensation du stress ressenti qui se reflètent dans leur qualité de sommeil. On ne peut d’ailleurs confirmer cette hypothèse puisque les enquêtés n’ont pas déclaré cela dans le questionnaire. Tout de même, il est évident içi la manière dont les individus relient leurs difficultés à des contraintes vécues.
Le travail de nuit met en évidence une tendance plus homogène. Parmi les enquêtés, 66,7% déclarent un sommeil dégradé, contre 43,5% chez ceux qui ne travaillent pas de nuit. L’écart est significatif et va dans le sens d’une influence des horaires décalés sur la qualité du sommeil. Ce résultat souligne le fait que certaines positions et l’organisation du travail exposent davantage à des conditions de sommeil défavorables. Le sommeil devient alors un bon indicateur de ces inégalités d’exposition, et la majorité de notre population étant des étudiants et des travailleurs à temps plein (voir la figure 2), représentent donc des groupes plus exposés. Cela introduit parfaitement le constant d’une variation socialement située des troubles de sommeil.
Un sommeil socialement situé
Les groupes les plus concernés par un sommeil dégradé sont les étudiants(53,1%) et les individus travaillant soit à temps partiel ou à temps plein(résultat égalitaire de 50% entre sommeil dégradé et satisfaisant). Parmi toutes les personnes sans activité professionnelle, aucun d’entre eux est concerné par un sommeil dégradé, 100% de ces personnes ont un sommeil relativement satisfaisant. Il faut bien sûr nuancer ce constat avec le fait que ce groupe ne représente que 3% de la population générale (figure 2). Cependant, pour notre population étudiée, les inégalités de qualité de sommeil existent selon la situation professionnelle de l’individu. Cela confirme très fortement l'hypothèse selon laquelle les troubles de l’insomnie sont socialement différenciés en fonction de styles et conditions de vie plutôt que aléatoirement répartis. On pourrait également inclure l’hypothèse selon laquelle les individus soumis à des conditions de vie difficiles telles que des rythmes de travail exigeants ou des situations de précarité sont les plus susceptibles aux troubles de l'insomnie puisque les étudiants sont souvent concernés par ces conditions.
Le croisement par âge montre enfin que les troubles ne se distribuent pas uniformément, il y a des variations dans la qualité du sommeil selon les groupes. La proportion de sommeil dégradé apparaît relativement élevée dans l’ensemble des catégories, mais beaucoup plus chez les individus les plus jeunes (18 à 20 ans). Cela peut être lié à des rythmes de vie irréguliers, notamment en lien avec les études (comme vue dans la figure 10), les usages numériques ou les sociabilités. Les 21 à 24 ans semblent légèrement moins touchés, avec la majorité déclarant un sommeil satisfaisant, et les individus les plus âgés présentent à nouveau une proportion égale de sommeil dégradé et sommeil satisfaisant. Cette distribution suggère que les troubles du sommeil ne suivent pas une logique strictement linéaire avec l’âge, mais qu’ils s’inscrivent plutôt dans des configurations sociales spécifiques à chaque moment du cycle de vie. Les difficultés de sommeil ne disparaissent pas forcément avec l’âge, mais se recomposent en fonction des caractéristiques particulières du cycle de vie. Autrement dit, chaque période de vie s’accompagne d’habitudes, de contraintes et de modes d’organisation du temps spécifiques, pouvant influencer différemment les habitudes et conditions de sommeil. Les facteurs susceptibles de dégrader le sommeil chez les plus jeunes n’affectent pas les individus plus âgés forcément de la même manière.
Pris ensemble, ces résultats conduisent à nuancer l’idée selon laquelle l’insomnie relèverait d’abord d’un problème individuel ou strictement médical.
Dans notre enquête, les troubles du sommeil sont liés à des contraintes de temps, à des situations de stress, à des horaires décalés et à des différences socio-professionnelles. Le sommeil apparaît donc comme un révélateur de l’organisation ordinaire de la vie sociale : ce n’est pas seulement ce qui se passe la nuit qui compte, mais aussi ce que l’on emporte du jour vers la nuit. Il faut toutefois rappeler que les étudiants occupent une place centrale dans l’échantillon. Les résultats mettent donc particulièrement en lumière des formes d’insomnie liées à la scolarité, à la charge de travail et à la difficulté d’articuler études, sociabilité et repos.
CONCLUSION
Au terme de cette enquête, un résultat principal se dégage: les troubles de l’insomnie ne sont pas répartis de manière aléatoire. Ils sont plus fréquents lorsque les individus sont soumis à un stress élevé, à un rythme de vie jugé incompatible avec un sommeil de qualité ou encore à des horaires de nuit. Au sein de la population étudiée, ces conditions caractérisent fortement les jeunes étudiants et travailleurs. Autrement dit, le sommeil n’est pas seulement une affaire privée, il est pris dans des contraintes sociales et temporelles très concrètes.
Ce dossier confirme également qu’il faut distinguer quantité et qualité du sommeil. Une partie importante des répondants a une quantité de sommeil en accord avec les recommandations de 7 heures ou plus, ce qui devrait indiquer une qualité de sommeil satisfaisante. Cependant, une majorité disent mal dormir, se réveiller fatigués et rencontrer des difficultés d’endormissement. L’insomnie apparaît donc içi comme une expérience quotidienne, diffuse, et outre les multiples possibles variations personnelles, nous observons quand même des tendances générales socialement situées.
Les limites méthodologiques sont néanmoins importantes, et pour aller plus loin, il serait utile de diversifier les modes de diffusion, d’augmenter la taille de la population et ajouter des questions servant à analyser les logiques de compensation employées par les individus pour améliorer leur sommeil. Cela permettrait d’enrichir les résultats de cette enquête, mais également de comprendre les stratégies individuelles pour faire face aux contraintes de sommeil.
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